Appel d’offres à partir desparties d’ouvrage.

La numérisation du secteur de la construction transforme les outils de travail et les processus. Cela vaut aussi pour l’établissement des descriptifs. CRB cherche à connaître les futurs besoins du secteur de la construction afin d’élaborer de nouveaux standards et met au point des appels d’offres établis sur les parties d’ouvrage. 

Voilà plusieurs décennies que le catalogue des articles normalisés (CAN) est bien implanté dans les trois régions linguistiques de la Suisse. Avec plus d’un million d’articles descriptifs, il couvre toutes les catégories de travaux. Au fil des années, des centaines de professionnels ont constitué cette bibliothèque spécialisée, déclinée en plusieurs chapitres. Celle-ci, combinée aux textes des articles standardisés, apporte transparence, sécurité juridique et détermination fiable des coûts. 

Les progrès de la numérisation entraînent l’apparition de nouveaux outils et de nouvelles méthodes de travail, comme le BIM (Building Information Modelling). Afin que CRB puisse continuer à l’avenir à fournir toute l’expertise du CAN, nos clients ont été interrogés sur leurs souhaits et leurs besoins. Leurs réponses reflètent toutes les possibilités offertes par la révolution numérique. La liste de souhaits comprend entre autres: des interfaces définies de manière contraignante, des récapitulatifs de coûts et des avant-métrés «disponibles en un clic» ou l’interopérabilité des données, de la planification des coûts à l’appel d’offres. La transparence en matière de transmission des données et la sécurité juridique figurent aussi en bonne place. 

Consolider les acquis, façonner l’avenir

Actuellement, l’appel d’offres est généralement basé sur des plans en 2D, même s’il existe des systèmes de CAO 3D. Souvent, ils ne fournissent pas suffisamment d’informations pour une description techniquement correcte et complète des prestations. C’est pourquoi ils sont complétés par des descriptions et des listes, qui détaillent les principes conceptionnels du projet. Dans le cas d’un appel d’offres basé sur un modèle BIM, les descriptions de prestations du CAN devraient pouvoir être attribuées directement sous forme numérique aux différentes parties d’ouvrage. 

CRB analyse donc les données des modèles BIM et cherche à les relier aux descriptions de prestations du CAN. Pour autant, ce traitement futur des données CAN ne doit pas se faire au détriment de l’appel d’offres actuel. 

Comme il s’agit d’un processus extrêmement complexe, CRB a opté pour une approche progressive de l’appel d’offres par parties d’ouvrage dans un «monde BIM». Pour ce projet ambitieux, CRB s’est associé à un partenaire disposant d’un vaste savoir- faire en matière de prototypes d’innovation: la Haute école spécialisée de Zurich (ZHAW). 

 

Recherche et développement avec la ZHAW

La mission de la haute école était d’aider CRB à tester et à évaluer la pertinence commerciale de cette innovation. Tout d’abord, le groupe de recherche a voulu comprendre le point de vue des utilisateurs qui travaillent déjà avec la méthode BIM. Conclusion: il existe une réelle attente à pouvoir disposer de modèles BIM aussi pendant la phase d’appel d’offres. 

Les travaux sont partis de ce constat: les parties d’ouvrage, enrichies d’informations géométriques et non géométriques, formeront la base des appels d’offre élaborés avec une maquette numérique. CRB complétera ensuite ces données avec un jeu de propriétés («property set»). Ce sont des informations numériques qui permettent de décrire et d’attribuer les prestations. Pour permettre aux futurs utilisateurs de mieux appréhender ce processus et de faire part de leur avis, la ZHAW et CRB ont développé un prototype. 

IFC, CAD et CRB 

Ce prototype présente les informations que doit contenir une partie d’ouvrage d’un programme CAO, dans le cadre d’une maquette BIM, pour trouver la prestation correspondante dans le CAN. 

Le prototype est basé sur le standard international IFC* et intègre des informations sur les parties d’ouvrage issues de trois «registres »: 1) les attributs et propriétés déjà définis par IFC («IfcPropertySet»), 2) les propriétés géométriques («base-quantities») également définies dans le standard IFC et générés par le logiciel CAO, et 3) les propriétés supplémentaires pour décrire les prestations («property set») fournies par CRB. 

*IFC est un format orienté objet assurant l’échange d’informations entre différents logiciels. Développé par «buildingSMART», l’alliance mondiale spécialisée dans les standards ouverts pour BIM, l’IFC est un standard officiel (SN EN ISO 16 739:2016) et contient des données, géométriques ou non. 

Prenons le cas d’une paroi: les attributs IFC fournissent des informations sur les propriétés «fondamentales», par exemple si la paroi est intérieure ou extérieure, porteuse ou non. Les «base-quantities» fournissent principalement des dimensions (longueur, largeur, hauteur, volume, surface) tandis que les informations de CRB portent sur les matériaux, la construction, les valeurs de la physique du bâtiment, etc. Les «quantités de base» fournissent des informations sur les matériaux, sur la structure ou les valeurs physiques du bâtiment. Lorsque toutes ces informations sont introduites dans le modèle, les prestations correspondantes sont sélectionnées dans la base de données CAN. 

Un grand défi, un grand bénéfice 

Mais transformer les données CAN, pour permettre de rechercher ces informations, est une tâche complexe. Lorsque cette tâche sera achevée, le CAN deviendra accessible au BIM. Une procédure d’appel d’offres basée sur les parties d’ouvrage apporte de nombreux avantages. Outre un gain de temps considérable dans la formulation, l’interopérabilité des données – de la conception à la réalisation – tant convoitée serait assurée de la sorte. 

Le prototype est construit à partir du point de vue des concepteurs, l’étape ultérieure devra donc tenir compte de celui des entrepreneurs. Ceux-ci doivent pouvoir l’utiliser pour effectuer une calculation rationnelle. Voici tout l’enjeu: comment créer une solution d’entreprise qui peut fonctionner avec les données du modèle BIM et qui peut en même temps calculer les prix? Comment les entrepreneurs peuvent-ils apporter des innovations dans ce modèle enrichi d’informations CAN, valables dans le cadre de l’appel d’offres? Quelles «formes» prendront à l’avenir les descriptifs, les offres et les contrats de travail? Le BIM entraînera des changements de paradigmes dans quantité de domaines, que CRB veut permettre d’appréhender avec son prototype. 

 

Premières mesures concrètes

Le passage de la méthode actuelle d’appel d’offres à la méthode basée sur les composants suppose une remise en question. CRB souhaite donc initier progressivement les utilisateurs à cette nouvelle façon de travailler et proposer à l’avenir deux méthodes d’appel d’offres. Un appel d’offres «conventionnel » orienté parties d’ouvrage peut parfois offrir plus d’avantages aux utilisateurs, même sans modèle BIM. Les premiers chapitres (CAN Charpenterie et CAN Peinture), qui doivent être révisés, sont donc examinés en vue de les orienter sur les parties d’ouvrage. De plus, certains chapitres CAN seront partiellement revus sous cet angle et nous recueillerons les avis de certains utilisateurs triés sur le volet, pour avoir un premier avis venant du monde de la pratique. 

Avec les changements qui se profilent, CRB et ses partenaires font face à des défis passionnants. Ces nouvelle données CAN seront une véritable plus-value pour les utilisateurs.

Auteur: Virginia Rabitsch